Web 2.0 : une tentative de relecture historique

3 août 2009

Je vous propose cette semaine trois billets autour du concept de web 2.0. L’idée est ici de faire un point 5 ans après l’émergence du concept. Et pour commencer je vous propose aujourd’hui de tenter une relecture historique pour mieux comprendre l’origine du terme web 2.0.

1995-2000 : Internet où l’euphorie de la nouvelle économie

Internet ne s’est réellement ouvert au grand public qu’à partir du milieu des années 1990. L’année 1994 est d’ailleurs riche en évènement pour Internet :

  • Fondation de Netscape (avril 1994) qui et développe un navigateur web qui va très rapidement supplanter Mosaic jusqu’au lancement par Microsoft en 1995 d’Internet Explorer
  • Création de Yahoo : l’annuaire web est en janvier 1994 par deux étudiants de l’université de Stanford, David Filo et Jerry Yang et permet aux utilisateurs de trouver rapidement un site grâce à un classement par catégories
  • WebCrawler (avril 1994) : premier moteur de recherche web capable d’indexer le texte intégral des pages parcourues
  • Fondation du World Wide Web Consortium (W3C)

Ainsi dès le milieu des années 1990, on commence à parler d’une nouvelle révolution industrielle basée sur l’essor formidable des fameuses Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) dont Internet est l’emblème. La « nouvelle économie » est en marche et les indicateurs économiques favorables accréditent ce renouveau (c’est particulièrement le cas aux Etats-Unis où le chômage et l’inflation diminue fortement et où les NTIC contribue à plus de 15% de la croissance économique).

C’est ainsi que se met en place ce que l’on peut appeler rétrospectivement le web 1.0 mais également le « web réplicatif » dans la mesure où l’on voit se reproduire sur le web des modèles qui existaient « offline ». C’est par exemple le cas du modèle de Portail Web qui est un des emblème de la « période 1.0 ». En effet le modèle du Portail Web n’est qu’une transposition en ligne d’un modèle utilisé par la presse traditionnelle : un portail comme un magazine papier propose de l’information et cherche à obtenir une audience élevé/un lectorat important et de la rentabiliser par la vente de publicité. D’ailleurs la publicité sur le web à cette période là se fait majoritairement sous forme de bandeaux avec des formats variés exprimés en pixels (par exemple, 468×60, 250×250, etc…) c’est-à-dire l’unité de mesure des dimensions d’une page web, à l’image des encarts dans une publication papier mesurés en fonction de leur taille par rapport à la page (quart-page, demi-page, etc…). Mais la presse n’est pas la seule à voir son modèle transposé en ligne, de nombreuses activités se dématérialisent en ligne avec plus ou moins de succès : la librairie avec Amazon, le vide-grenier avec Ebay, la vente de prêt-à-porter (boo.com) ou de jouets (etoys.com)…. Le système du web 1.0 est bien un système qui réplique le modèle des médias et des services traditionnels sur le web. Chez les mastodontes du web de cet époque, l’internaute est « passif », il reçoit l’information (récepteur) ou consomme le service (consommateur) mais il n’est pas (ou peu) en position de créateur de l’information ou d’acteur du service. Néanmoins, à la marge (car surtout réservé à des avertis), se développe déjà un web où les internautes ont pris la main, c’est le cas par exemple des newsgroups, forum et autres pages perso.

Pendant toute la seconde moitié des années 1990 de nombreuses startups vont être crées et les gains promis par ces toutes jeunes sociétés attirent un nombre croissant d’investisseurs et les introductions en bourse se succèdent avec de valorisation souvent éloignées de la réalité économique (faible chiffre d’affaires et bien souvent pertes très importantes). Aux Etats-Unis, le NASDAQ, l’indice des valeurs technologiques explose (il passe de 2192 points fin 1998 à 5 048,62 points le 10 mars 2000 !).

Evolution de l'indice NASDAQ de 1994 à 2004

Evolution de l'indice NASDAQ de 1994 à 2004

Il règne alors dans l’écosystème Internet une atmosphère joyeuse. C’est à cette époque que ce crée le mythe de la startup à l’ambiance décontractée, avec une approche totalement décomplexée du business où l’argent arrive facilement (concept des fameux First Tuesday) et les promesses de gains en font miroiter plus d’un (notamment sous forme de stock-options). C’est aussi pour beaucoup de jeunes entrepreneurs une façon d’inverser l’histoire, car pour la première fois c’est la jeune génération (en France, on peut penser à Pierre Chappaz de Kelkoo, Orianne Garcia de Caramail, Jérémie Berrebi de Net2One, Loic Le Meur de Six Appart, etc…) qui a les clefs, qui réussit et qui donne à voir à l’ancienne génération de la « veille économie ». Une génération qui pense pouvoir réinventer les règles de l’entreprise. Pourtant en mars 2000 la bulle éclate et conduit à un violent réajustement… Le documentaire de Benjamin Rassat Quand Internet fait des bulles est d’ailleurs très instructif à ce sujet.

2000-2003 : des lendemains qui déchantent

La conséquence immédiate de l’éclatement de la bulle en mars 2000 a été la faillite de nombreuses startups Internet (environ une sur deux) et la défiance des investisseurs pour l’univers web. Les web entrepreneurs se font plus rares ou plus discrets même dans la Sillicon Valley. L’indicateur le plus intéressant de ce retournement de situation est le volume d’investissement dans les start-ups web qui s’effondre après l’éclatement de la bulle passant de 14 milliards de dollar au plus haut de la bulle (premier trimestre 2000) a à peine 500 millions au troisième trimestre 2003.

Pourtant malgré la morosité qui règne chez les acteurs de l’industrie, le grand public se prend de plus en plus au jeu de l’Internet. L’exemple français est d’ailleurs édifiant à ce propos. Ainsi au moment de l’explosion de la bulle à peine 10% de la population française est connectée à Internet. On comprend alors bien mieux pourquoi les startups Internet ont du mal à rencontrer leur audience ou leurs acheteurs, le marché n’avait tout simplement pas atteint une taille critique permettant la rentabilité. Or c’est après l’explosion de la bulle que les technologies d’accès à Internet vont s’améliorer avec le développement du haut débit et des offres commerciales correspondantes. Dès fin 2002, l’Internet décolle en termes d’usage dans l’hexagone avec un nombre de foyers raccordés multiplié par 6 entre 2001 et 2003 ! Le constat est le même partout en Europe et aux Etats-Unis, l’heure de l’Internet grand public a enfin sonné !

Evolution du nombre d'Internautes entre 2001 et 2005 (Europe & Etats-Unis)

Evolution du nombre d'Internautes entre 2001 et 2005 (Europe & Etats-Unis)

2004 : Le Web 2.0 où la renaissance d’Internet

En 2004, le web semble se réveiller. Le réveil vient tout d’abord de l’augmentation du nombre d’utilisateurs. Les graphiques ci-dessus montrent qu’il existe effectivement un changement d’échelle par rapport à la période 1995-2000. La croissance rapide du nombre d’utilisateurs fait passer Internet d’un réseau d’initiés à un réseau grand public. L’adoption est massive, les internautes sont là.

Chez les acteurs du web, le réveil se fait également dès 2004, avec l’avènement du « roi » Google sacré maître de la recherche sur le web (à cette date, 84,9% des requêtes sur le web sont faites auprès du moteur de recherche). Fort de cette domination, la startup entre en bourse en mai 2004 et ses actions s’arrachent auprès des investisseurs (initialement côté 80$, l’action s’échange à 250$ un an plus tard). Le succès de cette startup qui a su résister au krack des années 2000, relance l’innovation en matière d’Internet et stimule toute l’écosystème web. Le sentiment émerge que quelque chose de nouveau se passe sur le web. En septembre 2004, Tim O’Reilly, directeur d’une maison d’édition spécialisée dans l’informatique, va être le premier à évoquer le terme de « web 2.0 » en l’utilisant pour le nom d’une conférence (la « Web 2.0 Conference » qui s’est tenu à San Francisco en Octobre 2004). Ce terme de 2.0 a été choisi initialement pour dire qu’il fallait de nouveau compter sur le web, que de nouvelles choses allaient venir. Lors de cette conférence O’Reilly et ses collaborateurs ont d’ailleurs dressé une liste des éléments appartenant à l’ancienne vague (le web 1.0) et à la nouvelle vague (web 2.0) :

Différence entre le web 1.0 et le web 2.0 selon Tim O'Reilly

Différence entre le web 1.0 et le web 2.0 selon Tim O'Reilly

Pour O’reilly, le terme web 2.0 cherchait également à montrer que le web était devenu une plateforme et qu’il s’était en quelque sorte affranchi du navigateur. Voici d’ailleurs ce qu’on pouvait lire sur le site de la Web 2.0 Conference : “While the first wave of the Web was closely tied to the browser, the second wave extends applications across the web and enables a new generation of services and business opportunities.”

Au final, cette relecture historique montre que le terme Web 2.0 à l’origine désignait le renouveau du web après la période difficile du début des années 2000.

Les 2 autres billets de la série :

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Bonne lecture !

Renaud

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